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Compte rendu de Djemila de Jean-François Vilar (Paris, Calmann-Lévy, coll. «SOS Racisme», 1988, 166 p.), «En bref», Spirale, 85, février 1989, p. 15.

Benoît Melançon

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Sur le plateau de l’émission «Libres paroles», parmi les invités venus discuter du racisme en France, se trouve un «vétéran de la rue Gay-Lussac (10-Mai)», «soixante-huitard reconverti dans le polar»; l’essentiel du cinquième roman de Jean-François Vilar est dit. Lui-même reconverti dans le roman noir, Vilar a écrit avec Djemila ce qui se serait appelé il y a quelques siècles un roman engagé. Le problème majeur est d’actualité (le racisme), les personnages sont de notre temps, les clefs ouvrent bien leurs portes : l’émission du début est manifestement un clin d’œil au «Droit de réponse» de Michel Polac; un tribun aussi louche qu’habile au maniement de l’imparfait du subjonctif (suivez mon regard…) dirige un parti d’extrême-droite; le journal Halte ! n’a rien à envier à Minute !. L’arrière-fond historique est celui de la Résistance et de la guerre d’Algérie. Djemila est une œuvre délibérément politique (on ne se refait pas), mais elle n’est pas que cela.

Comme dans les romans précédents de Vilar, les personnages sont déconnectés (ils «disjonctent») juste ce qu’il faut pour séduire le lecteur. L’intrigue est suffisamment floue pour qu’on hésite entre la croire mal ficelée ou trop tordue : ce qui ne devait être qu’un banal vol à l’étalage tourne à l’assassinat, puis à la crise politique. Au centre de cette trame se trouvent un professeur parisien vieillissant et une jeune Algérienne, celle qui donne son nom au roman, personnage mystérieux comme toutes les femmes de Vilar, irréductiblement singulière : «Je ne suis pas tout le monde». À ce noyau central, il faut ajouter des policiers aux méthodes peu orthodoxes, un journaliste particulièrement fouineur («Appelez-moi le Clébard»), un fils pâlot, deux ou trois paires de gros bras, et un plein coffre d’hommes politiques véreux. Le brillant professeur se tirera avec maestria du bourbier où il s’est jeté, le scandale n’éclatera jamais complètement (le politicien d’extrême-droite passant sous le contrôle de la droite traditionnelle…), Djemila rentrera en Algérie, «tranquille, apaisée pour la première fois depuis toujours». Sans être un aussi fabuleux bazar que Bastille Tango (Presses de la Renaissance, 1986), Djemila vaut le détour — et ça fera toujours plaisir aux potes de SOS Racisme sous l’égide desquels paraît le roman.

 


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