Site de Benoît Melançon / Thèses canadiennes en littérature française du XVIIIe siècle


Melançon, Benoît, «Diderot épistolier. Éléments pour une poétique de la lettre au XVIIIe siècle», Montréal, Université de Montréal, thèse de doctorat, septembre 1991, 2 vol., xxv/495 p. Dir. : Christie McDonald.


L’objectif de cette thèse est double. Il s’agit, d’une part, de décrire et d’analyser la pratique épistolaire de Denis Diderot (1713-1784) dans l’ensemble de ses lettres familières. D’autre part, par le rapprochement de cette correspondance avec d’autres qui lui sont contemporaines, on fournira les éléments d’une poétique de la lettre au XVIIIe siècle.

Le corpus est constitué de 770 lettres familières écrites par Diderot entre 1742 et 1784. L’édition de référence est celle qu’ont publiée Georges Roth et Jean Varloot aux Éditions de minuit (1955-1970, 16 vol.). Les inédits parus depuis l’achèvement de cette édition ont également été mis à contribution. Les textes que Diderot destinait expressément à la publication (articles de la Correspondance littéraire, préfaces, textes de la dispute sur la postérité avec Falconet, etc.), les écrits dont la nature épistolaire est incertaine, les lettres qu’il a reçues et celles échangées entre tiers n’ont pas été retenus. Les textes conservés avaient à l’origine une destination privée (il conviendra de réfléchir à la distinction du public et du privé au XVIIIe siècle).

La poétique proposée s’appuie sur une description minutieuse des textes de la correspondance, sur la conception de types et de catégories permettant d’organiser les éléments issus de la description, sur une description historique du système des genres et sur une lecture critique des textes consacrés à l’épistolaire et au dialogue, diderotien en particulier. Le corpus est interprété dans sa dimension thématique, rhétorique et pragmatique (la lettre est une performance, un acte, un geste), non en tant que réservoir de documents historiques.

Après une revue des principaux travaux récents sur la théorie de l’épistolaire, un survol de l’histoire du genre et un rappel des interprétations de la correspondance de Diderot, le travail est découpé en six parties. Genre paradoxal, la lettre est d’abord décrite à partir de ce qui est à la fois un de ses thèmes et ce qui lui donne, en bonne part, sa spécificité : l’absence, vécue comme une expérience à la fois dysphorique et euphorique. Un certain traitement du temps est propre à l’épistolaire : au-delà des lieux communs, quand ce n’est pas grâce à eux, la lettre mêle différentes temporalités afin que s’estompe la souffrance d’un présent douloureux. Une attention spéciale doit être accordée ici à la figure de la répétition. La troisième partie porte sur la spécularité spécifique de la lettre : comme plusieurs autres genres dits intimes, la lettre est en constante autoreprésentation, mais, contrairement à eux, elle est aussi une forme de communication explicitement destinée à autrui. La question de la destination de la lettre est particulièrement complexe au XVIIIe siècle, du fait de la circulation souvent publique de textes relevant d’un genre que l’on considère aujourd’hui comme privé. L’avant-dernier chapitre est consacré à une étude approfondie des rapports de la lettre et de l’échange oral. Si l’on a beaucoup répété que celle-là est une «conversation par écrit», on a peu souvent tiré les conclusions qui s’imposent de cette analogie. L’analyse de la figure du triangle dans la correspondance, enfin, permet de mettre au jour une des structures profondes de l’imaginaire épistolaire de Diderot : pour écrire, il ne faut pas être deux, mais plutôt trois.

Certains des phénomènes textuels répertoriés, décrits et analysés dans cette thèse peuvent parfois sembler spécifiquement diderotiens, mais, dans l’ensemble, on les interprétera par rapport à un état précisément déterminé du discours social. Il s’agira de reconstruire cet état pour un genre en particulier, la correspondance, et à partir de l’étude d’une série de textes, ceux de Diderot, dont on montrera qu’à certains égards ils ont valeur exemplaire.

Mots clés : Diderot, Denis • Correspondance • Littérature française • XVIIIe siècle • Poétique


Publication
 
Couverture de Benoit Melancon (1996)

Melançon, Benoît, Diderot épistolier. Contribution à une poétique de la lettre familière au XVIIIe siècle, Montréal, Fides, 1996, viii/501 p. Préface de Roland Mortier. ISBN : 2-7621-1881-6. URL : <http://www.archive.org/details/diderotpistoli00melauoft>.

 

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Quatrième de couverture

Qu’est-ce qu’une lettre ? La question paraît insolite, tant l’activité épistolaire est généralisée. Tout le monde n’a-t-il pas été, un jour ou l’autre, épistolier ? Qui n’a jamais eu à écrire de lettres, qu’elles soient amoureuses ou commerciales, personnelles ou collectives ? Est-il opportun, dès lors, d’en proposer une théorie ?

De fait, on s’est peu interrogé jusqu’à maintenant sur ce qui donne à la lettre sa spécificité. L’étude de la correspondance de Diderot permet de combler en partie cette lacune : cet ouvrage constitue une des toutes premières contributions à l’élaboration d’une poétique de la lettre familière valable pour le Siècle des lumières, et peut-être au-delà.

Les 779 lettres conservées de Diderot, ainsi que les écrits de quelques-uns de ses contemporains, composent un ensemble que l’on peut étudier avec les outils de la thématique, de la rhétorique et de l’histoire. Qu’il s’agisse de la mise en scène de l’absence, de la gestion du temps, de la représentation de soi, de la circulation publique des textes, du rapport à la parole vive ou de la triangularité fondamentale des rapports amicaux et amoureux, la correspondance de Diderot doit en effet être soumise à des éclairages divers. C’est le signe de sa richesse et de son actualité.

«On saura gré à Benoît Melançon de nous avoir fait avancer dans la connaissance du statut de l’individu et de l’ambiguïté des rapports entre le privé et le public au XVIIIe siècle et d’éclairer ainsi sous un angle nouveau la profonde transformation qui s’opère, dans l’ordre littéraire, par cette intrusion de la subjectivité» (extrait de la préface de Roland Mortier).

Benoît Melançon est professeur de littérature à l’Université de Montréal.


Table des matières

Préface (vi)

Liste des sigles et abréviations (1)

Remerciements (3)

Introduction (5)

Pour une poétique (6)

Définition de la poétique épistolaire (6)

Méthodologie et principes de l’analyse (9)

Une poétique systématique ? (14)

Un corpus à définir

État de la recherche sur la correspondance de Diderot (14)

Un corpus élargi (16)

Le statut des Lettres à Sophie Volland (18)

Des limites mouvantes (19)

Disposition (20)

I. Qu’est-ce qu’une lettre ? (25)

Théorie de l’épistolaire (26)

Le débat entre Roger Duchêne et Bernard Bray (26)

La définition de Roger Duchêne (28)

Jacques Rougeot et les traits distinctifs de la lettre (30)

L’épistolarité selon Janet Altman (31)

Les critères proposés par Charles Porter (37)

Vincent Kaufmann et la lettre moderne (40)

Les lettres de Diderot sont-elles de la littérature ? (43)

Synthèse (47)

Repères historiques (49)

Le Moyen Âge (49)

La Renaissance (49)

Le XVIe siècle (49)

Le XVIIe siècle (51)

Le XVIIIe siècle (53)

II. Les paradoxes de l’absence, du silence et de la mort (59)

Dysphorie (63)

Le silence de Sophie (67)

Un commerce avec les fantômes (70)

Euphorie (73)

III. «Que voulez-vous que je fasse du temps ?». Le temps épistolaire (77)

Lieux communs (78)

De l’amour éternel (79)

Du temps qui pèse (81)

De la fuite du temps (83)

Du temps réparateur (85)

Temporalités multiples (87)

Le regret et la nostalgie (87)

L’absence abolie (89)

L’utopie amoureuse et intellectuelle (91)

La fusion des temporalités (95)

Écriture, réception, lecture (97)

Écriture (97)

Réception (99)

Lecture (100)

Bis (102)

La constance amoureuse et amicale (102)

Une écriture de la répétition (104)

Le temps social (104)

La répétition comme menace (106)

Les procédés rhétoriques (107)

L’amour est-il éternel ? (110)

Le temps comme thème et comme structure. La lettre du 15 octobre 1759 (112)

Le champ sémantique du temps (114)

Analyse structurale (115)

Le matérialisme épistolaire (118)

IV. La lettre et ses miroirs. De l’autoreprésentation épistolaire (123)

Définitions (123)

Diderot lecteur de lettres (128)

De la lettre publique (128)

De la lettre familière (130)

Les pactes épistolaires (134)

Définitions (134)

Le pacte général — Diderot et Sophie Volland (138)

Écrire régulièrement (138)

Donner suite (142)

Tout se dire (143)

Être spontané (145)

Partager (153)

Des pactes particuliers (155)

Diderot et Sophie Volland (155)

Diderot et Marie Madeleine Jodin (157)

Les frères Diderot (160)

Un pacte universel (161)

Le commerce épistolaire (162)

Actifs et passifs (165)

Le décompte des lettres (168)

Leur numérotation (168)

Leur perte (170)

Leur lecture par un tiers (173)

Leur circulation (174)

Leur longueur (175)

Leur datation (177)

Leur prix (182)

Des mots pour dire la lettre (185)

Le registre du petit (186)

Le registre de l’oralité (188)

Quelques hapax (189)

L’autodésignation de l’épistolier (189)

Relire, conserver, publier (191)

La relecture de ses lettres et de celles des autres (192)

Des lettres à publier ? (196)

La situation au XVIIIe siècle (196)

La position de Diderot dans ses lettres (199)

Le corps de la lettre (206)

L’objet-lettre (208)

Les objets de la lettre (213)

Synthèse (215)

V. Une activité publique (217)

Adresse, destination, circulation (217)

La lecture commune (220)

Une société épistolaire (225)

Écrire à plusieurs (231)

L’Europe épistolaire (233)

Intermédiaires (239)

L’œil d’un autre (242)

La censure (242)

VI. L’autre de l’échange. Dialogue, conversation, monologue (249)

Dialogue et épistolarité. Aspects théoriques (252)

Le dialogue dans la fiction épistolaire (253)

La lettre et la conversation dans la littérature anglaise (256)

Quelques autres réflexions (259)

Synthèse (260)

Du dialogue au XVIIIe siècle (261)

Statut du genre (262)

Diderot et le genre dialogué (266)

Diderot, la conversation et le dialogue. État de la recherche (271)

Opinion de ses contemporains (272)

Les propos de Diderot lui-même (273)

Quelques réflexions critiques sur la conversation (274)

Quelques réflexions critiques sur le dialogue (279)

La conversation et le dialogue pensés par la lettre (281)

La lettre et l’échange oral (281)

Le dialogue de théâtre (284)

Le dialogue philosophique (285)

Limites de l’analogie entre correspondance et conversation (286)

Caractéristiques communes de la lettre et de la conversation (291)

La connivence (291)

La liberté (292)

Le discontinu apparent (294)

La réciprocité et l’égalité (296)

De la lettre comme dialogue (300)

Un dialogue explicite : les lettres reçues (300)

La réponse (301)

Le résumé et la paraphrase (302)

La citation (303)

L’allusion (306)

Un dialogue implicite (306)

La sollicitation (307)

Les ordres (310)

Les menaces (312)

Le tutoiement (313)

Les propos rapportés (319)

Quelques définitions (321)

Diderot causeur et auditeur (322)

Diderot inventeur (328)

Qui entend ? (329)

L’enchâssement des dialogues (329)

La fidélité des propos rapportés (332)

La graphie des dialogues (337)

Le rôle du lecteur (338)

Prosopopées épistolaires (340)

Apostrophes (342)

Dialogues rhétoriques (345)

Une forme particulière du monologue (353)

Les structures complexes (357)

La citation (359)

Des classiques (359)

Des contemporains (360)

De soi-même (361)

«Converser avec des livres» (361)

Synthèse (364)

VII. Le tiers inclus. Triangularité de la lettre (369)

Amants (373)

Diderot, Grimm et Sophie Volland (373)

Le personnage de l’ami (373)

L’année 1759 (375)

Les substituts de Sophie (380)

Diderot, Sophie Volland et madame Legendre (382)

Évolution de cette figure triangulaire (382)

Complexité des relations entre les deux sœurs (394)

Homosexualité féminine et jalousie (397)

Diderot, Sophie et madame de Blacy (402)

Une structure permanente (403)

Parents et amis (405)

Les correspondances familiales (405)

Les correspondances amicales (408)

La génération des triangles (411)

Une rhétorique commune (411)

Voltaire et la poésie (411)

Rousseau et la lettre (412)

Diderot, l’amour et l’amitié (415)

Les procédés rhétoriques (418)

La répétition (418)

L’antimétabole (418)

Conclusion (423)

Bibliographie (429)

Bibliographie primaire (429)

Bibliographie secondaire (435)

Annexes (465)

I. Corpus (467)

II. Textes non retenus (471)

III. Histoire éditoriale de la correspondance de Diderot (477)

IV. La lettre du 15 octobre 1759 (485)

Index (491)

Table des matières (503)


Prix

Prix Raymond-Klibansky de la Fédération canadienne des sciences humaines

Prix de l’Association des professeurs de français des universités et collèges du Canada

Finaliste pour le prix du Gouverneur général du Canada

Finaliste pour le prix Victor-Barbeau de l’Académie des lettres du Québec


Comptes rendus

Bulletin de l’AIRE (Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire, Paris), 19, février-mars 1997, p. 36 (François Bessire) : «Voilà une étude qui fera date.»

Lettres québécoises, 86, été 1997, p. 45-46 (Michel Gaulin) : «Un ouvrage absolument remarquable, à placer à égalité avec les plus grands travaux sur le XVIIIe siècle qui se publient à l’heure actuelle en Europe.» URL : <http://www.erudit.org/culture/lq1076302/lq1181003/39221ac.pdf>.

Spirale, 156, septembre-octobre 1997, p. 16-17 (Jean Coutin).

Dix-huitième siècle, 29, 1997, p. 686 (Raymond Trousson) : «Excellente étude.»

Revue d’histoire littéraire de la France, 97, 6, novembre-décembre 1997, p. 1140-1141 (Marc Buffat).

Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, 23, octobre 1997, p. 152-153 (Lucette Perol) : «Excellente étude théorique.» URL : <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rde_0769-0886_1997_num_23_1_1397>.

University of Toronto Quarterly, 67, 1, hiver 1997-1998, p. 446-448 (John A. Fleming).

French Studies, 51, 4, octobre 1997, p. 481 (Anthony Strugnell) : «Benoît Melançon’s ambition is considerable, and he contributes to its fulfilment an impressively detailed knowledge of his chosen field and a felicity of expression which never fails him.»

Studi Francesi, 124 (42 : 1), janvier-avril 1998, p. 147-148 (Regina Bochenek-Franczakowa) : «Il est impossible de rendre compte de la richesse des analyses, des matériaux et des aperçus contenus dans l’ouvrage de Benoît Melançon.»

Cahiers de la Société bibliographique du Canada, 36, 1, printemps 1998, p. 78. URL : <http://www.encyclopedia.com/doc/1G1-30107998.html>.

Diderot Studies, 28, 2000, p. 198-200 (William F. Edmiston).

Das Achtzehnte Jahrhundert, 24, 2, 2000, p. 218-219 (Isabella von Treskow).

Revue de l’Aire, 30, hiver 2004, p. 181-192 (Odile Richard-Pauchet).


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