Site de Benoît Melançon / Thèses canadiennes en littérature française du XVIIIe siècle


Markovskaia, Luba, «La conquête du for privé. Récit de soi et prison heureuse dans les Mémoires du XVIIIe siècle français», Montréal, Université McGill, thèse de doctorat, novembre 2016, iii/288 p. Dir. : Frédéric Charbonneau et Pascal Bastien. URL : <https://escholarship.mcgill.ca/concern/theses/jq085n78s?locale=en>.


Cette thèse étudie les mutations du genre des Mémoires au XVIIIe siècle à la lumière du topos narratif de la prison heureuse. L’analyse de cette topique dans un corpus restreint de mémorialistes, composé de Madame de Staal-Delaunay (1684-1750), de Jean-François Marmontel (1723-1799), de l’abbé Morellet (1727-1819) et de Madame Roland (1754-1793), permet d’éclairer le phénomène souvent relevé, mais peu étudié dans les textes mêmes, de l’intériorisation progressive du genre mémorial. Autrefois réservé aux grands hommes qui ont participé à l’histoire, celui-ci se démocratise à l’époque qui nous intéresse et s’éloigne du témoignage public, ouvrant de ce fait une brèche vers le privé. Ce mouvement vers une écriture de soi plus intérieure, et donc autobiographique au sens moderne, qui s’installera définitivement au siècle suivant, se fait dans la foulée d’un rapport redéfini à l’intériorité.

Par l’analyse de l’épisode de l’incarcération bénéfique dans chacun des récits de vie à l’étude, nous cherchons à cerner le rôle que joue ce motif dans la transformation de l’ethos mémorialiste qui, à l’époque des Lumières, passe largement d’un ethos aristocratique à un ethos littéraire. Nous postulons que le récit de prison infléchit le récit de vie traditionnel en contraignant le mémorialiste à une écriture plus intérieure et en marge de l’histoire. La transformation de l’espace carcéral imposé en prison heureuse et choisie procède d’un geste parallèle à celui du mémorialiste qui convertit sa disgrâce en repli volontaire. Les mémorialistes de notre corpus font de l’isolement forcé de la prison une retraite bienfaisante, de la disgrâce, une sociabilité renouvelée et de la contrainte, une forme inédite de liberté. Ces transformations de l’espace carcéral par sa mise en récit correspondent à trois grandes mutations du genre des Mémoires au XVIIIe siècle : il s’intériorise, voit changer son rapport à la sociabilité et se libère de sa subordination à l’histoire.

Publication

Couverture de Luba Markovskaia (2019)
Markovskaia, Luba, la Conquête du for privé. Récit de soi et prison heureuse au siècle des Lumières, Paris, Classiques Garnier, coll. «Correspondances et mémoires», 37, série «Le dix-huitième siècle», 7, 2019, 285 p. Préface de Frédéric Charbonneau. ISBN : 978-2-406-07492-2; ISSN : 2108-9884.

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