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Colloque «Les mots et les crimes»


Université McGill
5 novembre 1999


Actes

Brissette, Pascal et Paul Choinière (édit.), Sociocritique et analyse du discours. Actes des colloques «Jeunes chercheurs en sociocritique et en analyse du discours» et «Les mots et les crimes»(Montréal, 4 et 5 novembre 1999), Montréal, Université McGill, Chaire James McGill de langue et littérature françaises, coll. «Discours social / Social Discourse», nouvelle série / New Series, 3, 2001, 148 p. ISBN : 0-7717-0566-2.

Table des matières


Argument

Le long dix-neuvième siècle (1789-1914) invente le large éventail des discours modernes sur le crime. Le roman policier naît pour devenir le genre-clé de la littérature de masse et thématiser la modernité urbaine comme énigme et dévoilement «criminel». Il a eu comme précurseurs le roman noir, le roman de l’orpheline persécutée (Ducray-Duminil), le roman de l’erreur judiciaire (Roger la Honte, le Comte de Monte-Cristo) et, par ailleurs, tout le roman-feuilleton des Mystères de Paris aux Mohicans de Paris. De Fantômas à Zigomar, le roman «à 65 centimes» de la Belle Époque est saturé de sadisme sanguinaire comme le sera le cinéma muet (Feuillade, Judex), successeur du grand-guignol.

Le discours du droit évolue, de son coté, de la rationalité illuministe «des délits et des peines» (Beccaria) à la criminologie darwinienne de Cesare Lombroso (L’Uomo delinquente).

Les nouvelles sciences «sociales», la naissante statistique et la psychiatrie s’emparent du crime. Des groupes entiers vont se trouver criminalisés : la police et les gens de bien s’inquiètent dès la Restauration des «classes dangereuses» de la société, les philanthropes montrent le lien terrible entre «paupérisme», misère et penchant au crime (Bigot de Morogues, Villeneuve-Bargemont), la médecine légale étudie la prostitution, ce «crime type de la femme», la psychiatrie coloniale à la fin du siècle découvre les sanguinaires «pathologies criminelles indigènes»...

Le journalisme, bien sûr, se développe asymptotiquement, de la presse à bras à la presse Stanhope puis à la rotative (fin du Second Empire), et du respectable Journal des Débats, né en 1789, aux journaux «à un sou», Petit Journal et Petit Parisien avec leurs crimes à la une, ceux-ci avatars modernes d’ailleurs des antiques «canards» avec leurs bois gravés et leurs rituelles complaines, «Écoutez, faites silence la triste énumération...».

En rhétorique argumentative, l’éloquence judiciaire prédomine désormais sur l’éloquence de la chaire et le roman se met à narrer des réquisitoires fictifs comme dans les Misérables au procès Champmathieu.

Des militantismes réformateurs cherchent à prévenir le crime tout en humanisant sa répression : abolition de la peine de mort, réforme des prison, œuvre des filles de Saint-Lazare...

À l’extrême gauche, l’«anarchisme illégaliste», depuis les premiers doctrinaires des années 1880 jusqu’à la Bande à Bonnot va faire du crime une forme audacieuse de «propagande par le fait» — George Darien sera le romancier du vol anarchiste ou «reprise individuelle». Au reste, pour l’anarchie comme pour le socialisme révolutionnaire, c’est la «société, la vraie criminelle».

Ainsi, le crime est partout dans les discours publics, savants militants et dans les genres littéraires et paralittéraires. Nous nous proposons de reparcourir cet espace interdiscursif et de chercher à dire ce que le XIXe siècle a cru comprendre de la modernité dans son obsession de la criminalité.

Domaine d’investigation

France, francophonie européenne et Québec, entre 1789 et 1914.

Information

Marc Angenot
Département de langue et littérature françaises
Université McGill
cxma000@musica.mcgill.ca

Michel Biron
Département d’études littéraires
Université du Québec à Montréal
biron.michel@uqam.ca


Programme


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