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Colloque «Illégitimité culturelle et marginalités littéraires (1715-1914). Modes et représentations»

Colloque international
Délégation générale du Québec, Paris
14-15 mai 1998


Actes

Popovic, Pierre et Érik Vigneault (édit.), les Dérèglements de l’art. Formes et procédures de l’illégitimité culturelle en France (1715-1914), Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2000, 263 p. ISBN : 2-7606-1786-6.

Table des matières


Lieu

Délégation générale du Québec
66, rue Pergolèse
75016 Paris
France
Téléphone : 01.40.67.85.77


Programme


Synopsis des communications

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XVIIIe siècle

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La parole retrouvée
ou de la légitimation par l’illégitime

Jean M. Goulemot
Université de Tours

Au XVIIIe siècle, l’imprimé règne en maître en même temps que s’instaure un débat sur la langue et la parole premières. Pensées comme trahison par le discours dominant, elles sont revendiquées de Rousseau à Court de Gébelin comme instruments de vérité à retrouver ou à inventer et comme moyens de légitimer l’intervention publique. On esquissera donc une histoire problématique et programmatique de cette nostalgie et de cette quête, en marge et au cœur des Lumières.
 
 

La marquise de la Ferté-Imbault, reine antiphilosophe des Lanturelus

Didier Masseau
Université de Valenciennes

La salon, comme lieu de sociabilité et de débat intellectuel, a toujours été associé, au XVIIIe siècle, aux Lumières et à la philosophie. Or il existait aussi des salons antiphilosophiques. On oublie, à ce propos, que la propre fille de Mme Geoffrin a tenu un salon hostile aux Lumières. À partir de cet exemple, on montrera comment les pratiques culturelles et les réseaux qui reliaient les gens de lettres, beaux esprits et «intellectuels» obéissaient à des principes que l’historiographie traditionnelle a parfois dissimulés.
 
 

Temps et légitimité

Éric Méchoulan
Université de Montréal
 
 

La ménagerie Bertin était-elle un salon littéraire ?

Benoît Melançon
Université de Montréal

On lira Le neveu de Rameau en essayant de voir ce que cette œuvre permet de dire du salon littéraire au XVIIIe siècle.
 
 

Le libraire genevois Pierre Frémont en ses «Pensées nocturnes» dans la seconde moitié du XVIIIe siècle

Michel Porret
Université de Genève

Au XVIIIe siècle, l’archive judiciaire abonde en textes manuscrits ou imprimés, confisqués par la justice comme pièces à conviction nécessaires à établir toutes les «circonstances du crime». Épars et hétéroclites, témoignant sur la vie privée d’alors, ces documents (lettres de suicidés, correspondance privée, billets amoureux, manuscrits, libelles «diffamatoires», etc.) permettent de reconstruire des biographie d’«hommes infâmes» — notamment les bandits de grands chemins — ou celles des suicidés jeunes ou vieux. Cette communication est consacrée aux talents littéraires obscurs d’un petit libraire genevois qui, à des activités de faussaire en matière de titres de la Compagnie des Indes (années 1750) et des pamphlets politiques (vers 1780), ajoute celle «d’explicateurs de songes» (1774). À ce but, il rassemble et fixe dans un journal intime ses «Pensées nocturnes» ainsi que celles de son voisinage, qu’il analyse selon les normes d’une orinomancie divinatoire susceptible de l’enrichir lorsqu’il utilise ce matériel pour deviner l’issue du tirage des loteries. Ainsi, les stratégies d’enrichissement du libraire, joueur impénitent, reposent sur des usages de l’imitation littéraire qui témoignent de sa culture livresque. Si l’imaginaire onirique de Frémont met en scène, d’une manière cryptique, sa biographie de bâtard, libraire et époux «libertin», il illustre par ailleurs les emprunts culturels et les inventions ludiques que le libraire opère pour accomplir son dessein d’«explicateur de songes» qui cherche à s’enrichir en rêvant.
 
 

Romans à clef

Philip Stewart
Duke University

Sis entre le roman historique d’un côté (La princesse de Clèves) et le fait divers romancé de l’autre (Les époux malheureux), le roman à clef est au XVIIIe siècle un genre tout à fait marginal, plus rare qu’on le croit, et pratiqué surtout par des écrivains de second ordre. En fait, c’est moins un genre à part qu’un ensemble de techniques partagées avec d’autres catégories fictionnelles; justement sa véritable importance historique tient non aux œuvres qu’il a produites en son nom, mais au fait que les «grands» romans l’ont imité. Ainsi, Les confessions du comte de ***, La vie de Marianne et Les égarements du cœur et de l’esprit sont tous de faux romans à clef — non pour tromper qui que ce soit, mais par conformité à une mode formelle. Au contraire, l’auteur des Liaisons dangereuses protestera que son roman n’est pas un roman à clef. D’autres comme lui jouent sur une certaine ambiguïté qui plane pendant longtemps sur le genre tout entier.
 
 

La figure de l’écrivain-philosophe dans l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron de Diderot

Jean-Jacques Tatin-Gourier
Université de Tours

Je travaillerai sur le parterre de l’écrivain en voyage dans l’Essai sur les règnes de Claude et de Néron de Diderot. J’essaierai de montrer comment le recours à certaines figures (Sénèque, Socrate) permet de conférer une légitimité à un discours ayant pour objet les tensions et les limites des rapports entre politique et philosophie.
 
 

Don Avestruz ou Comment les autruches et autres bêtes grotesques deviennent héros de roman dans l’Espagne mal éclairée de la fin du XVIIIe siècle

Lydia Vasquez
Universidad del Pais Vasco

Analyse du récit populaire espagnol (paru dans les journaux) de la fin du XVIIIe siècle : renversements esthétiques, idéologiques, vision grotesque des types sociaux à la mode dans une Espagne francisée et éclairée avant l’invasion des Français, à un moment de rejet populaire de cette influence sociale et culturelle.

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XIXe siècle

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Huysmans et le «petit réalisme»

Michel Biron
Université du Québec à Montréal

À partir d’À vau-l’eau (1881) et surtout d’À rebours (1884), les romans de Huysmans s’éloignent du naturalisme, si bien qu’on a pu parler de rupture entre lui et Zola. Pour autant, Huysmans n’oppose pas au roman naturaliste un modèle romanesque de substitution : s’il démécanise le roman zolien au point de le rendre dysfonctionnel et amorphe, il se trouve, presque malgré lui, à aggraver le réalisme romanesque dont il voulait se débarrasser. Il pratique ce réalisme du détail que Lukács reprochait tant à Zola. Vu sous l’angle de la sociocritique lukácsienne, Huysmans, c’est du Zola, mais en pire, car on barbotte chez lui dans les eaux marécageuses du «petit réalisme», c’est-à-dire du médiocre, du moyen, du détail, par opposition aux visions océanes et pourvoyeuses de sens historique qui définissent le grand réalisme balzacien. La marginalité de Huysmans ne viendrait pas, selon cette lecture, de sa fréquentation trop assidue des bords de la société, mais du fait que les extrêmes, chez lui, ne sont jamais que des excroissances du centre, à l’image de la banlieue qu’habite des Esseintes.
 
 

Le créateur, seul face à lui-même : l’écrivain et la masturbation

Jean-François Chassay
Université du Québec à Montréal

De Tissot et Garnier en France jusqu’à Kellogg aux États-Unis, le discours médical sur la masturbation avant le XXe siècle repose beaucoup moins sur la science que sur une rhétorique où la morale et le rigorisme jouent le premier rôle. Notre communication vise à étudier ce discours terroriste à la fin du XIXe siècle en France dans le cadre d’une société marquée par le culte du progrès et par le positivisme. Dans un deuxième temps, nous chercherons à voir comment il s’actualise dans les textes de fiction de trois auteurs : Paul Bonnetain (dans son roman Charlot s’amuse), Pierre Louÿs (dans divers textes tirés de l’Oeuvre érotique) et Pierre Roux (Traité de la science de Dieu).
 
 

Alphonse Allais funambule des Lettres

Jacques Dubois
Université de Liège

Il s’agira de définir la position d’extrême limite qu’occupe Alphonse Allais aux confins du champ littéraire, du champ journalistique et du champ «spectaculaire». Nous rappellerons comment Allais procède à la dérision et à la perversion des codes et nous montrerons enfin comment, en s’appuyant sur cette dérision-perversion, l’auteur étudié assure l’autonomie de sa production par une littérarisation inédite et funambulesque de ses textes.
 
 

Alfred Jarry ou la grande vidange

Charles Grivel
Universität Mannheim

Jarry est par excellence l’inconventionnel. Il ne sera pas question d’Ubu, ou alors seulement par les incroyables biais que Jarry concocte : un moulin, un nègre, un almanach, une fosse. Jarry est absolument marginal et irréversible.
 
 

En marge du naturalisme : le «théâtre-réaliste»

Yvan Leclerc
Université de Rouen

En 1891 et en 1892, Frédéric de Chirac, employé dans les bureaux d’une compagnie de chemin de fer, fait représenter sur la scène de son «théâtre-réaliste», à Paris, une série de «tableaux vivants» ou de «spectacles vécus»; un accouplement, la visite à une prostituée, un avortement, etc. Le texte des pièces, les compte rendus des journaux, les interrogatoires du procès permettent de poser quelques questions essentielles, en marge du courant naturaliste dont Frédéric de Chirac se réclamait (alors que Zola condamnait évidemment cette dérive) : qu’est-ce que représenter la réalité au théâtre ? où passe la limite entre le nu obscène et le nu artiste ?
 
 

Les métamorphoses de l’illégitimité pittoresque : Paulin Gagne et le positivisme

Pierre Popovic
Université de Montréal

La communication portera sur l’émergence et la constitution de la catégorie du «fou littéraire» au XIXe siècle. Elle aura pour objectif non seulement d’évaluer le rôle réel joué par cette catégorie dans les classifications de l’instance critique et de comprendre la place qu’elle tient dans l’imaginaire social et littéraire, mais aussi de mettre en évidence les migrations et les métamorphoses de la «folie littéraire» dans le champ scientifique. Pour atteindre cet objectif, on s’intéressera à deux corpus : d’une part, aux principaux essais, anthologies et compilations consacrés aux «fous littéraires», aux «détraqués», aux «singuliers», aux «originaux» des Lettres et assimilés, par des critiques et des intellectuels comme Charles Nodier (De quelques livres excentriques, 1835), Octave Delepierre (Histoire littéraire des fous, 1860), Philomneste Junior (pseudonyme de Georges Brunet; Les fous littéraires, 1883), Yvan Tcherpakoff (pseudonyme d’Auguste Ladrague; Les fous littéraires, 1883), Lorédan Larchey (Gens singuliers, 1867), Victor Fournel (Les cris de Paris, 1887), Georges Yriarte (Portraits parisiens); d’autre part, à divers essais écrits par des aliénistes et par des spécialistes de la folie, Alexandre Gullerre, Firmin Lagardelle, Eugène Sémerie et al.


Organisation

Jean M. Goulemot
Université de Tours
Institut universitaire de France
46, rue La Bruyère
75009 Paris
France
Téléphone : 02.47.36.81.08
Télécopieur : 02.47.36.81.27
Courriel : goulemer@worldnet.fr

Benoît Melançon
Département d’études françaises
Université de Montréal
C.P. 6128, succ. Centre-Ville
Montréal (Québec)
Canada  H3C 3J7
Téléphone : 514.343.5665
Télécopieur : 514.343.2256
Courriel : melancon@ere.umontreal.ca


Ce colloque,
qui s’inscrit dans le cadre des activités scientifiques
du Module analytique des originaux nébuleux noéticiens allodoxiques (M.A.D.O.N.N.A.),
est rendu possible grâce à la générosité
du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise,
de la Délégation générale du Québec à Paris,
de l’Institut universitaire de France
et de l’Université de Tours.


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