Benoît Melançon
Département des littératures de langue française
Université de Montréal
FRA 3220 — Auteur français (Marivaux)


Examen du 12 février 2007


Dernière mise à jour : 6 février 2007

Durée de l’examen : trois heures (de 16 h à 19 h)
Documentation permise : œuvres, notes de cours, grammaire, dictionnaires, etc.
La note de l’examen représente 40 % de la note finale.


Lors de l’examen, la liste qui suit sera réduite à deux questions et vous devrez répondre à une seule de ces deux questions, de votre choix.

1. À la lumière des analyses langagières du marivaudage qui ont été présentées en classe et de vos lectures, rédigez une explication de texte de la dixième scène du premier acte de la Fausse Suivante (voir le texte ci-dessous).

2. Il a été démontré en classe que la Double Inconstance est une illustration de la maxime marivaudienne selon laquelle «La fin justifie les moyens.» Cela étant, le dramaturge atténue de diverses façons ce que ces moyens pourraient avoir de négatif (de sombre). Le cas du Triomphe de l’amour est-il semblable à celui de la Double Inconstance ? Différent ? En quoi ?

3. Dans certaines pièces de Marivaux, on se déguise pour connaître les vrais sentiments de l’autre. Il arrive aussi qu’on se déguise pour punir l’autre. Le déguisement peut-il avoir d’autres fonctions dans ce théâtre ? Lesquelles ? Prenez vos exemples dans un minimum de deux pièces au programme.


Conseils

Remplissez et détachez la partie de la couverture du cahier d’examen servant à vous identifier. Conservez-la.

Écrivez lisiblement et à double interligne, et soignez la présentation de votre copie. N’écrivez qu’au recto des pages du cahier d’examen.

Circonscrivez bien votre sujet.

Respectez le plan de la dissertation : introduction (amenez le sujet, posez le sujet, donnez le plan), développement (soignez les transitions), conclusion (résumez votre propos, proposez une ouverture du sujet).

Considérez le professeur comme un esprit borné, dans la mesure — et dans cette mesure seulement — où Diderot déclare, dans la Satire première, que «Les esprits bornés ont besoin d’exemples.» (Diderot aurait pu ajouter que les esprits bornés ont aussi besoin de citations.)

Faites attention à la langue.

Recopiez les citations correctement et donnez des références précises.

Assurez-vous de ne pas manquer de temps et prévoyez quelques minutes (au besoin) pour recopier votre devoir : il n’y aura aucune prolongation.

Soulignez les titres d’œuvres.


La Fausse Suivante ou le fourbe puni (1724), acte I, scène X

La Comtesse. — Quoi ! Chevalier, vous prenez de pareils prétextes pour nous quitter ? Si vous nous disiez les véritables raisons qui pressent votre retour à Paris, on ne vous retiendrait peut-être pas.

Le Chevalier. — Mes véritables raisons, Comtesse ? Ma foi, Lélio vous les a dites.

La Comtesse. — Comment ! que vous vous défiez de votre cœur auprès de moi ?

Le Chevalier. — Moi, m’en défier ! je m’y prendrais un peu tard; est-ce que vous m’en avez donné le temps ? Non, Madame, le mal est fait; il ne s’agit plus que d’en arrêter le progrès.

La Comtesse, riant. — En vérité, Chevalier, vous êtes bien à plaindre, et je ne savais pas que j’étais si dangereuse.

Le Chevalier. — Oh ! que si; je ne vous dis rien là dont tous les jours votre miroir ne vous accuse d’être capable; il doit vous avoir dit que vous aviez des yeux qui
violeraient l’hospitalité avec moi, si vous m’ameniez ici.

La Comtesse. — Mon miroir ne me flatte pas, Chevalier.

Le Chevalier. — Parbleu ! je l’en défie; il ne vous prêtera jamais rien. La nature y a mis bon ordre, et c’est elle qui vous a flattée.

La Comtesse. — Je ne vois point que ce soit avec tant d’excès.

Le Chevalier. — Comtesse, vous m’obligeriez beaucoup de me donner votre façon de voir; car, avec la mienne, il n’y a pas moyen de vous rendre justice.

La Comtesse, riant. — Vous êtes bien galant.

Le Chevalier. — Ah ! je suis mieux que cela; ce ne serait là qu’une bagatelle.

La Comtesse. — Cependant ne vous gênez point, Chevalier : quelque inclination, sans doute, vous rappelle à Paris, et vous vous ennuieriez avec nous.

Le Chevalier. — Non, je n’ai point d’inclination à Paris, si vous n’y venez pas. (Il lui prend la main.) À l’égard de l’ennui; si vous saviez l’art de m’en donner auprès de vous, ne me l’épargnez pas, Comtesse; c’est un vrai présent que vous me ferez; ce sera même une bonté; mais cela vous passe, et vous ne donnez que de
l’amour; voilà tout ce que vous savez faire.

La Comtesse. — Je le fais assez mal.

(Marivaux, Théâtre complet. Tome premier, texte établi, avec introduction, chronologie, commentaire, index et glossaire par Frédéric Deloffre, nouvelle édition, revue et mise à jour avec la collaboration de Françoise Rubellin, Paris, Bordas, coll. «Classiques Garnier», 1989, xxx/1125 p., p. 426-427.)


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