Site du C.U.L.S.E.C.

Programme de recherche

«Sociopoétique de l’épistolaire : les années trente au Québec»


Demande de subvention (1993)

Une «jeune» équipe (1)

Il n’est probablement pas fréquent que de jeunes chercheurs soumettent une demande de subvention au programme «Soutien aux équipes de recherche». Mais la fortune, dit-on, sourit aux audacieux, et si l’équipe qui propose ce projet n’hésite pas à le faire, c’est parce que ses membres, dont les premiers travaux ont été bien reçus par le milieu académique, veulent vraiment travailler ensemble, parce que des communautés d’intérêts et de vues, parce qu’un souci semblable de voir progresser les échanges interuniversitaires au profit d’une plus grande efficacité de la recherche, parce que des affinités théoriques les unissent et les motivent déjà. Forts de cela, ils ont pour capital de séduction un projet dont ils espèrent qu’on jugera que sa valeur n’a pas besoin d’attendre le nombre des années. Ce projet se situe à la croisée de deux secteurs de pointe dans le domaine de la critique littéraire francophone, les recherches sur l’épistolaire et la théorie du discours social. Consacré à l’étude d’un corpus de correspondances écrites au Québec dans la décennie qui suit la Grande Crise de 1929, il se donne pour objectif la constitution d’une sociopoétique de l’épistolaire qui sache à la fois prendre en compte la socialité de la lettre et les spécificités de son écriture. Par suite, il vise à attirer l’attention sur un genre littéraire à peine étudié au Québec et à renouveler l’analyse d’une période clé dans l’accession de la littérature québécoise à la modernité.

Recherches actuelles sur l’épistolarité

L’importance aujourd’hui accordée à l’épistolaire peut être aisément mesurée : les publications se multiplient, de nombreux colloques sont organisés, une association internationale de spécialistes a été mise sur pied. Créée en 1987 lors de la décade de Cerisy-la-Salle sur «L’épistolarité à travers les siècles», l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire (A.I.R.E.) a, depuis, organisé un autre colloque (à Caen, en mai 1991) et en prépare un troisième (à Calais, en septembre 1993), et a lancé une série de séminaires à l’U. Paris VII-Jussieu («Méthodologie générale de l’épistolaire», «La lettre d’amour», «Écrire à l’écrivain», «Dialogues épistolaires»), en plus de diffuser un Bulletin semestriel et de constituer un annuaire des chercheurs. L’Association compte aujourd’hui près de trois cents membres, dans plusieurs pays européens, aux États-Unis et au Canada. Elle n’est toutefois pas seule à s’intéresser à l’épistolaire, comme en fait foi, notamment, la tenue de nombreux colloques internationaux durant la seule année 1991 : «Expériences limites de l’épistolaire : lettres d’exil, d’enfermement, de folie» (Caen); «Fragments d’un discours amoureux dans la littérature épistolaire moderne» (Trente); «Épistolaire et journal intime» (Calaceite); «Lire la correspondance de George Sand» (Nohant); «Art épistolaire et art de la conversation en France à l’époque classique» (Wolfenbüttel); «Epistolary Strategies in Correspondences of French Writers of the Second Half of the Nineteenth Century» (San Francisco). Des groupes de recherche sont fondés (autour de R. Chartier à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, ou d’A. Magnan à l’U. Paris X-Nanterre), des volumes collectifs (neuf depuis 1983) et des numéros de revues savantes (dix depuis 1981) paraissent, et des ouvrages relancent la réflexion sur le statut de la lettre (J. Altman, Epistolarity. Approaches to a Form, 1982; A. Buisine, Proust et ses lettres, 1983; B. Redford, The Converse of the Pen, 1986; E. MacArthur, Extravagant Narratives, 1990; V. Kaufmann, l’Équivoque épistolaire, 1990; A. Runge et L. Steinbrügge, Die Frau im Dialog. Studien zur Theorie und Geschichte des Briefes, 1991; G. Haroche-Bouzinac, Voltaire dans ses lettres de jeunesse, 1992). L’essor des études épistolaires ignore les frontières géographiques, linguistiques ou disciplinaires.

Problématique et justification du projet

Cet intérêt récent et soutenu est compréhensible, et trouve sa justification, au même titre que ce projet, dans le fait que les recherches sur l’épistolarité rendent plus aiguës et, en même temps, renouvellent des questions qui se posent aujourd’hui de façon cruciale à la littérature. Les bouleversements sociopolitiques et culturels majeurs qui ont marqué les dix ou vingt dernières années ont été accompagnés de transformations des mentalités, de mises en doute de démarches cognitives établies, de modifications dans le système des représentations en place. Des expressions vite reçues et publicisées, comme «la défaite de la pensée» (Finkielkraut), «l’ère de l’individualisme» (Lipovetsky), «la fin de l’histoire» (Fukuyama), «la fin des récits de légitimation» (Lyotard), ont valeur de repères, non qu’elles soient associables en une sorte de constat consensuel, mais parce qu’elles sont en prise directe sur des courants porteurs de l’opinion qui prennent tous acte de trois phénomènes : les mutations en cours dans les mécanismes même de la croyance; une crise générale (accompagnée de ces «effets de retour» typiques des périodes de crise) dans les procédures de légitimation et de hiérarchisation des biens symboliques; de nouveaux rapports difficultueux, à réinventer, entre les sphères privée et collective. Longtemps pièce maîtresse du système symbolique, détrônée aujourd’hui par les médias gérés et générés par les industries culturelles, fonctionnant elle-même à la croyance, la littérature n’a pas échappé à l’emprise générale du doute et de l’instabilité. D’une certaine façon, toute sa modernité n’a d’ailleurs fait que l’annoncer puisqu’elle tend résolument vers cette ère dite du soupçon, y ajoutant sa propre remise en cause perpétuelle. Le statut du littéraire apparaît plus fragile que jamais, tant les soupçons se sont portés en tous les lieux de son procès, de sa création à sa diffusion, de ses effets à son institutionnalisation, de sa spécificité à son idéologie. Dès lors, lire l’épistolaire, cela revient à interroger le coeur de cette fragilité. Car lire la lettre donne l’impression, et peut-être l’illusion, de rejoindre un arrière-lieu des Lettres, c’est-à-dire un espace retiré, décentré où du sujet et du «littéraire» se donnent déjà à lire, autrement (mais ni plus ni moins authentiquement) que dans les textes fixés par la publication. Le lecteur de correspondances, curieux et indiscret, assiste à des rendez-vous in vivo entre un presque auteur et un quasi-lecteur, et où l’épistolier et son correspondant s’exhibent et se dérobent tour à tour, l’un se donnant toujours à l’autre pour mieux se reprendre. Pastichant la sagesse des nations, on pourrait dire que tout le reste est épistolaire (ou, plus exactement, de circuit intime) : à l’égard des textes destinés au spectacle de la Cité, les correspondances d’écrivains paraissent former un circuit parallèle, comme si elles jouaient une autre scène que celle de la mise au monde d’un texte, ou plutôt comme si elles déplaçaient les enjeux, déjouaient les règles, contournaient les usages qui prévalent sur le territoire de la Chose imprimée. Cet autre côté de l’écriture est la cible même du projet.

Cadre heuristique

Aujourd’hui que les études strictement immanentes ont dû conclure à leur incapacité de produire une théorie susceptible de définir la littérarité d’un texte, on se préoccupe moins de chercher des particularités textuelles internes et statiques que de tenter de saisir la dynamique du texte de littérature, de le comprendre dans les réseaux de relations complexes qui le relient ou l’opposent à d’autres productions signifiantes, à d’autres pratiques sociales, au champ culturel ou aux multiples secteurs discursifs qui l’entourent. Appréhender cette dynamique revient à penser le littéraire lui-même comme un processus dynamique et ouvert, une croisée de passages où se catalyse et se réactive sans cesse du sens. Par sa position singulière dans la production d’un écrivain, par ce retrait qui l’autorise de certaines libertés (qui n’excluent pas des autocensures tactiques), par sa mise en texte d’un sujet décentré par rapport à celui de l’exhibition publique, l’épistolaire occupe une place de choix dans ces réactions caténaires plus globales que les recherches en littérature s’efforcent de dévoiler.

Ces réactions, l’analyse du discours et la sociocritique des textes y ont été particulièrement sensibles depuis une dizaine d’années. En ce domaine, les travaux de M. Angenot, dont 1889. Un état du discours social (1989) est la somme, constituent un progrès déterminant. Se détournant des lectures formalistes ou strictement structurales qui fermaient le texte sur lui-même et isolaient artificiellement la littérature des pratiques signifiantes qui le bordent, Angenot définit le discours social comme «tout ce qui se dit et s’écrit dans un état de société donné; tout ce qui s’imprime, tout ce qui se parle publiquement ou se représente aujourd’hui dans les médias électroniques. Tout ce qui se narre et argumente, si l’on pose que narrer et argumenter sont les deux grands modes [modernes] de mise en discours». Le dicible dans un état social donné est donc un objet à construire à partir d’une saisie de tous les types de discours imprimés à la même époque. Mais qu’en est-il des textes qui ne sont pas destinés à la publication ? Qu’en est-il de ce corpus dont on dit le plus souvent qu’il est intime ? L’abri, la retraite relative qui caractérisent l’écriture et la diffusion épistolaires invitent à poser l’hypothèse que la littérature intime est capable de recueillir l’expression d’un autre discours, d’un non-dit, en même temps qu’elle se donne comme un réservoir de banalités, de phrases convenues, de lieux communs de la conversation. Libéré de l’épreuve de la scène publique, le texte intime serait le lieu paradoxal pour ne rien dire et pour dire l’indicible, pour jouer tantôt de l’évidence, tantôt de l’audace, comme si ce discours privé était à la fois un en deçà et un au-delà du discours social. Alors que l’ensemble de la Chose imprimée est régi par des règles de production et de circulation des énoncés qui sont hégémoniques, que deviennent ces règles dans un discours qui, en apparence, semble échapper à la socialisation de la parole ? S’il est prévisible que la non-publication de la lettre (ou le caractère dilatoire de sa publication) a des conséquences sur son écriture même, il reste à prendre toute leur mesure. C’est ce que propose une sociopoétique de l’épistolaire, qui conjugue ainsi l’étude immanente d’un corpus donné (les caractéristiques formelles) et sa lecture sociale (axiologique et idéologique).

Corpus, période considérée

Mais pourquoi les années trente au Québec ? Et pourquoi la correspondance (plutôt que le journal intime ou l’autobiographie) ? La première raison résulte de l’intérêt personnel (et collectif) des membres de l’équipe : malgré des profils de carrière en apparence différents, ils se sont déjà tous intéressés soit à littérature des années trente, soit au genre épistolaire, soit à l’analyse du discours social, soit, enfin, à ces trois objets. La communauté d’intérêts est ici déterminante. La seconde raison est liée directement à l’état de l’historiographie littéraire au Québec : si les recherches se multiplient sur le XIXe siècle québécois (voir les travaux de M. Brunet, de R. Beaudoin, de R. Major) ou sur la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale (le corpus le plus commenté), les années trente, elles, restent le parent pauvre des études littéraires. Une fois rappelée l’importance de revues comme la Relève ou les Idées, et soulignée la valeur des oeuvres de Ringuet, Grignon, Harvey, Savard, Grandbois et Saint-Denys Garneau, on a tôt fait de postuler que c’est à partir de Refus global (1948) que les choses changent pour de bon. Pourtant, dès avant le second conflit mondial, la société québécoise est traversée de multiples courants de pensée, d’idéologies en relation conflictuelle, de discours antagonistes : le monolithisme si souvent jugé inébranlable de la culture québécoise avant la moitié du XXe siècle n’est peut-être pas tel qu’on a pu longtemps le croire. La troisième raison qui justifie le choix des années trente comme objet d’étude est la disponibilité des textes épistolaires de cette période au Québec : on dispose en effet de plusieurs correspondances importantes, inédites ou non, celles de DesRochers (mise au jour par R. Giguère), de Garneau (éditée par J. Brault et B. Lacroix), de Roy (dépouillée par J. Everett), d’Harvey (une partie en a été éditée par S. Savard-Boulanger), de Grandbois (en cours d’édition par B. Chassé), de Dugas (dans Études françaises, 7 : 3, août 1971), de Marie-Victorin (parue sous le titre Confidence et combat), de Monet-Chartrand (reprise dans Ma vie comme rivière), de Groulx (l’édition critique en quinze volumes de G. Huot, J. Lalonde-Rémillard et P. Trépanier a commencé de paraître en 1989), etc. On a même accès pour cette période à une correspondance familiale : Chers nous autres : un siècle de correspondance québécoise (1978). Venus d’horizons divers, ces épistoliers permettent de saisir des discours intimes provenant de milieux sociaux contrastés.

Une «jeune» équipe (2)

Les chercheurs réunis par ce projet forment une véritable équipe. Pierre Popovic, Jane Everett et Benoît Melançon ont travaillé ensemble lors du colloque «Les facultés des lettres. Recherches récentes sur l’épistolaire français et québécois» (Acfas, mai 1992) et lors de la préparation des Actes de ce colloque (parus en février 1993). J. Everett et B. Melançon assureront ensemble un séminaire à l’U. de Montréal à compter de 1993-94. À l’U. de Montréal, P. Popovic, M. Biron et B. Melançon ont collaboré pendant plusieurs années aux activités des groupes de recherche Histoire littéraire du Québec (sous la direction de L. Mailhot) et Montréal imaginaire (sous la direction de G. Marcotte et P. Nepveu), ainsi qu’à celles du Centre d’études québécoises (notamment lors des colloques «Les relations littéraires Québec - États-Unis : mythe ou réalité ?» et «Que pense la littérature ?»). P. Popovic et M. Biron, qui ont dirigé le numéro de la revue Études françaises intitulé «Sociocritique de la poésie» (1991), sont rattachés au Centre interuniversitaire d’analyse du discours et de sociocritique des textes (CIADEST, Montréal) depuis sa fondation et sont les organisateurs de son colloque international de sociocritique, «Écrire la pauvreté» (Montréal, septembre-octobre 1993). B. Melançon, qui présentera une communication au colloque du CIADEST, et P. Popovic ont fait partie du comité d’organisation du colloque international «Montréal 1642-1992. Le grand passage» (U. de Montréal, septembre-octobre 1992). B. Melançon et P. Popovic organisent le 12 novembre 1993 un colloque sur les années trente («Saint-Denys Garneau et la Relève») auquel M. Biron et J. Everett collaboreront à titre de conférenciers. Enfin, B. Melançon participera au colloque «Poésie et prose de Saint-Denys Garneau», organisé les 28 et 29 octobre 1993 par M. Biron à l’U. d’Ottawa, et y donnera une communication sur la correspondance de Saint-Denys Garneau.

Les recherches individuelles des chercheurs composant l’équipe ont des liens prononcés avec le présent projet. J. Everett est la spécialiste de la correspondance de C. Roy, sur laquelle portait sa thèse de doctorat (Camille Roy, formation et ascension d’un critique, 1870-1912, U. McGill, 1987). Elle a de plus oeuvré pendant plusieurs années au sein du groupe «L’idée de littérature dans les périodiques québécois (1930-1950)» et signé des textes sur cette période dans diverses revues (Littératures, Cultures du Canada français, etc.). La thèse de B. Melançon, Diderot épistolier. Éléments pour une poétique de la lettre au XVIIIe siècle (U. de Montréal, 1991) est une des premières études proposant une poétique de la lettre familière, poétique qui se construit autant à partir de ses traits rhétoriques et thématiques que de son inscription sociale et historique. Plusieurs communications en ont été tirées et les éditions Klincksieck, à Paris, la publieront à la fin de 1993. Avant de s’intéresser à la littérature française du XVIIIe siècle (il a consacré sa bourse postdoctorale à la correspondance canadienne de Bougainville et il prépare, pour la collection «Bibliothèque du Nouveau Monde», une édition des textes canadiens de ce dernier), il avait publié, à Études françaises, à Voix et images et dans des volumes collectifs, de très nombreux articles sur la littérature québécoise, particulièrement sur l’essai. Comme en témoignent son enseignement et ses plus récentes publications et communications, ses recherches actuelles portent essentiellement sur l’épistolarité (chez Diderot, chez Bougainville, chez Garneau). Il est par ailleurs le responsable canadien de l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire, il fait partie du comité de rédaction de son Bulletin et il a été élu à son Conseil d’administration en mars 1993. En 1992, P. Popovic a publié la Contradiction du poème. Discours social et poésie au Québec de 1948 à 1953 dont la première partie («Aspects du discours social») est une étude du discours social québécois entre 1935 et 1953. Il a également rédigé quatre textes sur ce discours social, aussi bien pour le CRELIQ de l’U. Laval («Littérature et sociocritique au Québec : horizons et points de fuite»), le Centre d’études canadiennes de l’U. libre de Bruxelles («Un voleur d’étincelles dans la ville des pauvres»), la revue Voix et images («Le différend des discours dans Regards et jeux dans l’espace») que pour le groupe Montréal imaginaire («Le mauvais flâneur, la gourgandine et le dilettante. Montréal dans la prose narrative aux abords du "grand tournant" de 1934-1936»). Toujours sur le même sujet, il a présenté diverses conférences et fait plusieurs interventions dans des séminaires (à Mons, Liège, Bruxelles, Montréal), et il présentera une communication au colloque «Saint-Denys Garneau, cinquante ans après», à l’U. de Toronto, en novembre 1993. M. Biron travaille depuis 1992 sur un projet de recherche intitulé «Le classique et le moderne dans la littérature québécoise contemporaine», pour lequel il a obtenu le prix Polanyi en 1993. Dans le cadre de cette recherche, il s’intéresse notamment au corpus épistolaire depuis les années trente (Garneau, DesRochers) jusqu’à la Révolution tranquille. Spécialiste des littératures belge et québécoise, il a consacré sa thèse de doctorat à la Modernité belge. Éléments pour une sociologie historique de la littérature en Belgique francophone (U. de Liège, 1991), dans laquelle un des trois volets historiques porte sur les années trente en Europe francophone. Ses travaux, inspirés à la fois par Habermas, Bourdieu et Angenot, l’ont amené à collaboré au CIADEST, d’abord à titre de chercheur postdoctoral (sur le roman symboliste français), puis comme co-organisateur (avec P. Popovic) du colloque international de sociocritique «Écrire la pauvreté». Il a publié diverses études sociocritiques dans Voix et images, Études françaises, Tangence, Europe, Textyles et a collaboré au collectif Montréal imaginaire («La romance du libéralisme. Poésie et roman au tournant du siècle»). Ce bref panorama fait apparaître toutes les dominantes du projet ici décrit : l’épistolarité, les années trente au Québec, l’étude du discours social, la sociologie littéraire. Il montre aussi que ce projet, constitué de chercheurs étudiant depuis de nombreuses années le discours social des années trente (P. Popovic, M. Biron) et le genre épistolaire (J. Everett, B. Melançon), conjoint, par sa composition même, deux champs de spécialisation sous l’emblème d’une sociopoétique dont la réalisation contribuera au développement et à l’affinement des méthodes requises par les études littéraires.

Tenant à s’ouvrir à la recherche qui se fait un peu partout dans le monde sur l’épistolaire et sur la littérature des années trente, l’équipe a souhaité être rattachée à trois institutions. D’abord à l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire : cette association est la seule de ce type et elle permettra à l’équipe de se tenir à la fine pointe de ce qui se fait dans le domaine de la lettre. Ensuite, au CIADEST : les travaux de l’équipe s’inscrivant directement dans le renouvellement de l’analyse du discours et de la sociocritique, et le CIADEST accueillant d’autres équipes s’intéressant aux années trente (en France, en Russie), il est apparu normal qu’elle y soit rattachée. Enfin, au Centre de recherche sur la littérature des années trente (Bruxelles); ce centre comprend des spécialistes, aussi bien belges que québécois, de différentes disciplines : M. Frédéric (Bruxelles), P. Aron (Bruxelles), M. Biron, J. Everett, P. Popovic, B. Melançon. Des activités communes à ce groupe et à celui du Québec sont déjà prévues. Par ailleurs, les chercheurs de l’équipe entendent nouer des contacts avec les québécistes qui, au CÉTUQ de l’U. de Montréal, au CRELIQ de l’U. Laval ou au Centre de recherches sur la littérature intime du XIXe siècle (en voie de constitution à l’U. du Québec à Trois-Rivières), travaillent sur les années trente ou sur des corpus comparables au leur.

Programmation, calendrier

Le calendrier se développe en trois temps. Une recherche documentaire a été menée dès 1992-93 : constitution de la bibliographie théorique (achevée pour l’épistolaire et le discours social), de la bibliographie des textes épistolaires québécois (à paraître en décembre 1993) et d’une bibliographie sur les années trente (amorcée par P. Popovic), repérage des lettres inédites par le dépouillement des catalogues d’archives (sous la direction de B. Melançon). Vient ensuite une analyse du discours social des années trente par la lecture d’imprimés d’origine diverse : fidèle aux principes énoncés par M. Angenot, l’équipe compte ne pas se limiter aux textes de littérature et explorer les divers champs du savoir. C’est à cette description du discours social que servira la première année de la subvention (1994-95). Les deux années suivantes seront consacrées à l’étude des lettres et à leur comparaison avec le discours social reconstitué.

Pour que ce calendrier soit respecté, il importe de le lier à divers types d’activités de recherche et de diffusion : séminaires, colloques, échanges. Ainsi, en 1993-94, 1994-95 et 1995-96, B. Melançon donnera, avec J. Everett, un séminaire à l’U. de Montréal qui aura pour titre «Sociopoétique de l’épistolaire : les années trente au Québec»; en 1994-95, outre les membres réguliers de l’équipe, les chercheurs belges du Centre de recherche sur les années trente participeront à ce séminaire. En 1993-94, une présentation des hypothèses de départ et des premiers résultats aura lieu dans le cadre du séminaire annuel du CIADEST. Le 15 avril 1994 se tiendra le premier d’une série de colloques annuels (ce colloque aura lieu à l’U. de Montréal; les suivants auront lieu à McGill en 1995 et à Ottawa en 1996); «Écriture féminine ou spécificité générique ? Le cas des femmes de lettres» rassemblera des chercheurs européens et canadiens. En 1995-96, tous les membres de l’équipe participeront à un séminaire tenu à l’U. libre de Bruxelles sous la direction de M. Frédéric et portant sur les littératures francophones des années trente. Enfin, en mai 1997, aura lieu à Montréal un colloque international sur «La lettre dans les littératures francophones des années trente». Regroupant les chercheurs de l’équipe, ceux du centre belge et des invités, ce colloque sera le point d’orgue des efforts du groupe «Sociopoétique de l’épistolaire : les années trente au Québec».


Retour à la page d’accueil du groupe de recherche CULSEC

Retour à la page d’accueil de Benoît Melançon


Licence Creative Commons
Le site de Benoît Melançon est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’utilisation commerciale 4.0 international.