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Musique, arts et religion dans l'entre-deux-guerres : la construction d'une culture en pays francophones
Colloque pluridisciplinaire organisé par Sylvain Caron, Gilles Routhier et Michel Duchesneau
dans le cadre des activités de l'Observatoire international de la création musicale (OICM).
Faculté de musique - Université de Montréal
9 au 11 mars 2006
Conférenciers étrangers invités
Problématique
Contexte
À l'aube des années 1920, après une guerre dévastatrice et un recul important sur la scène politique, intellectuelle et sociale, le catholicisme cherche à reconquérir une place dans la société, notamment à travers la culture et les arts. Deux courants importants fondent cette reconquête: la vogue du néo, héritée du XIXe siècle et qui se poursuit au XXe siècle, et l'avènement de la modernité, dont le discours et les réalisations s'élaborent lors de cette période.
En architecture, les sources du néo remontent jusque dans les années 1840, alors que Viollet-Le-Duc (1814-1879) commençait à restaurer les grandes cathédrales gothiques. Rapidement, l'attrait du gothique influencera la construction des nouvelles églises. À Paris, la basilique Sainte-Clotilde (1846) sera la première grande église construite dans le style néo-gothique. Dans les mêmes années, on bâtit la basilique Notre-Dame à Montréal (1842), dans un style plus influencé par l'architecture anglaise. En musique liturgique, la proclamation du Motu proprio Tra le sollecitudini de Pie X en 1903 fait du chant grégorien et des polyphonies de la renaissance les modèles de la musique liturgique. Le document connaîtra un retentissement considérable dans l'entre-deux-guerres, autant dans la création musicale que dans la mise en place d'institutions, notamment l'Institut d'art sacré de Paris (1919), la Schola cantorum de Montréal (1915) et l'École de musique de l'université Laval (1928).
Par ailleurs, le discours moderniste en musique, en arts et chez les intellectuels chrétiens, prend forme progressivement. Pour la musique, Stravinsky, Satie et le Groupe des Six, réunis autour de Cocteau, tournent définitivement le dos au XIXe siècle et fondent une modernité qui se réclame paradoxalement du néoclassicisme. Par rapport à la participation à la culture religieuse, il est intéressant de noter que deux membres du Groupe des Six ne sont pas catholiques: Honegger, qui est calviniste, et Milhaud, qui est Juif. Bien que leurs compositions soient teintées de ces cultures particulières, elles ont su trouver place au sein d'une vision religieuse plus large.
En peinture, Maurice Denis (1870-1943) est une figure tout à fait représentative d'une nouvelle culture religieuse. Après sa participation au groupe des nabis, il reçoit un grand nombre de commandes en art religieux à partir de 1898. En attirant des peintres canadiens dans son Atelier d'art sacré à Paris (notamment Borduas), par ses publications et ses voyages, notamment à Montréal en 1927, Denis favorise la circulation artistique dans la francophonie. En outre, ses contacts avec des musiciens comme Debussy ou le cercle des Maritain favorisent l'échange d'idées sur l'esthétique et l'art religieux. Pour la littérature, les figures de Péguy (1873-1914), Claudel (1868-1955), Ghéon (1875-1944) et Bernanos (1888-1948) sont emblématiques: ici, le religieux vise la diffusion d'une culture chrétienne auprès du grand public. À ce titre, Jeanne d'Arc au bûcher de Honegger (1935), sur un texte de Claudel, représente un exemple très éloquent. Enfin, du point de vue de la théologie et de la philosophie, les grands penseurs de la seconde vague thomiste sont sans conteste Maritain (1882-1973) et Garrigou-Lagrange (1877-1964). Maritain développe une vision chrétienne de l'esthétique, et exerce une influence certaine par ses relations soutenues avec de nombreux artistes après 1918, notamment avec Cocteau (Voir Art et scolastique (1920), Antimoderne (1922) et Réponse à Jean Cocteau (1926) de Jacques Maritain). Maritain reprend de saint Thomas les trois conditions de la beauté: intégrité, proportion et clarté. Dans les années 1930, ce sera sans conteste Messiaen qui sera le chef de file d'un courant musical chrétien et humanistes.
Ce colloque sur la musique, les arts et la religion dans l'entre-deux-guerres recoupe plusieurs champs d'intérêt. Il permettra de mettre en évidence à la fois les dynamiques diachroniques du passage du courant néo à celui de la modernité, et les interactions synchroniques entre les personnes et les idées. Sans établir nécessairement de relations de cause à effet, il sera intéressant de mettre en parallèle le discours philosophico-religieux, les écrits sur l'art et les différentes créations artistiques, afin de mettre en évidence les processus de circulation et de dégager une éventuelle ligne directrice quant à l'esprit de cette période. Car toutes ces dimensions participent à la construction d'un univers symbolique qui est à la fois construction, expression et critique d'une culture.
Objectif
Sous le thème général de la construction culturelle, ce colloque pluridisciplinaire regroupera autour de quatre objectifs les différentes contributions.
Le premier objectif veut préciser les points communs et les particularités propres à chacune des disciplines: musique, peinture, architecture, littérature, théologie et philosophie. Par exemple, le néogothisme, le néothomisme et le néoclassicisme musical ont tous en commun la réinsertion d'un matériau issu du passé pour la création; mais comment s'articule le rapport au modèle, médiéval ou classique, chez chacun d'entre eux? Le matériau thématique et l'idée formelle ne sont-ils que le revêtement extérieur de modes d'expression renouvelés? Comment le grégorien et les polyphonies de la Renaissance ont-ils donné lieu à un style inédit? Enfin, comment des idées esthétiques communes s'appliquent-elles de manière différente selon les arts? On peut penser à l'influence de la vision thomiste de Maritain sur les artistes qui ont gravité directement ou indirectement autour de lui.
Le deuxième objectif du colloque vise à rendre compte de l'évolution de la situation musico-liturgique au cours de la période étudiée, et de situer celle-ci dans un contexte artistique et intellectuel plus large. À ce titre, le cas de la basilique Sainte-Clotilde à Paris est particulièrement éloquent. Trois grands organistes ont marqué sa vie musicale: César Franck, dont le style liturgique est tributaire du plain-chant, Charles Tournemire, dont la création s'inscrit directement dans la lignée du Motu proprio, et Jean Langlais, qui se rattache d'un certain point de vue au néoclassicisme. Par ailleurs, l'architecture, la décoration et l'avènement d'un orgue de choeur font de Sainte-Clotilde un lieu particulièrement riche dans la perspective pluridisciplinaire du colloque.
Le troisième objectif est de situer la musique et les arts religieux dans le cadre d'un réseau social et d'une circulation des personnes et des idées à l'intérieur de la francophonie canado-européenne. Plusieurs musiciens et artistes canadiens ont étudié en France, alors que de nombreux Français, dont Maurice Denis (qui a enseigné à Paul-Émile Borduas), Henri Ghéon, Jacques Maritain et Jean Langlais, sont venus au Canada. En Suisse, l'Association Saint Luc a constitué un réseau privilégié pour les beaux-arts. Enfin au Canada, plusieurs centres de formation et de diffusion ont été fondés à partir des années 1920. Comment ces centres ont-ils participé à la construction d'une culture catholique, et comment ont-ils interagi avec leur milieu d'origine et leur milieu d'inscription? Enfin, quels outils méthodologiques peuvent être applicables à ce genre d'étude? Par exemple, est-ce que la notion de culture première et culture seconde, développée par le sociologue Fernand Dumont, pourrait-elle ici être utile?
Le quatrième objectif vise à étudier le phénomène de décloisonnement des catégories au sein de la culture religieuse, notamment par le biais des interactions entre «l'art savant» et la «culture populaire» (un concept fort débattu), ou encore de la distinction entre art décoratif et grand art. On sait, par exemple, que la notion de musique sacrée est une construction idéologique qui émerge vers la fin du XIXe siècle. On oppose alors le sacré au profane ou au théâtral, de manière à orienter esthétiquement la création musicale. Mais au moment même où l'on construit un art savant autour du concept de sacré - lié à des modèles passés - on assiste au développement fulgurant du cantique, beaucoup plus près de la culture populaire. La polarisation et la hiérarchisation de ces deux tendances - le cantique n'a pas une valeur esthétique, mais fonctionnelle - se fait au sein même d'un même courant culturel. Il y a donc une cohabitation, certes délimitée, mais bien significative, du populaire et du sacré. En outre, la symbolique du sacré connaît une profonde mutation dans les années 1930, non seulement en raison de la montée de l'oecuménisme et de l'humanisme au sein de la chrétienté, mais aussi en raison d'un intérêt croissant envers l'exotisme et les religions non occidentales, notamment les religions primitives, l'hindouisme et le bouddhisme. Quels sont les éléments constitutifs de cette symbolique de la nouvelle culture religieuse en émergence, dans le contexte de décloisonnement des catégories qui la caractérise?
Présentation des propositions
Chaque résumé doit être suivi d'une courte notice biographique de chaque auteur (ou des deux premiers auteurs s'il y en a plus que deux). La longueur du texte ne doit pas excéder 500 mots, incluant tous les titres des sections, le(s) nom(s) de(s) auteur(s), affiliations et adresses de courriel, les références et notice(s) biographique(s).
Les résumés, en français ou en anglais (soit la langue choisie pour la présentation au colloque), doivent être soumis par courriel, dans le corps du message ou en pièce jointe (format Word recommandé), à l'adresse: soumission@oicm.ca
Les résumés seront évalués de manière anonyme par un jury constitué d'experts internationaux. Les actes du colloque seront publiés par l'OICM.
Deux bourses de déplacement offertes par l'OICM seront remises aux deux meilleures candidatures étudiantes (hors Montréal).
La date limite de soumission des propositions est le 19 septembre 2005.
Comité organisateur
Sylvain Caron (sylvain.caron@umontreal.ca) - Professeur agrégé, Vice-doyen aux affaires académiques, Faculté de musique, Université de Montréal.
Gilles Routhier (gilles.routhier@ftsr.ulaval.ca) - Professeur titulaire, Responsable du développement des nouveaux partenariats, Directeur du programme de doctorat en théologie pratique, Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval
Michel Duchesneau (michel.duchesneau@umontreal.ca) - Professeur adjoint, Faculté de musique, Université de Montréal, Directeur de l'OICM.